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La gomme bichromatée est un procédé d'impression qui a atteint son apogée entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle. Il s'agit d'un procédé d'impression à contact où le négatif doit avoir la même dimension que l'image finale à produire. L'image se forme sur une feuille de papier pour aquarelle sur laquelle est étendu un mélange de gomme arabique, de pigment et de matière sensible. La feuille est alors exposée (au contact du négatif) au rayonnement d'une lampe UV à vapeurs de mercure (mais la lumière du soleil va tout aussi bien). Les parties qui reçoivent le plus de lumière durcissent au niveau des transparences du négatif, tandis que les parties situées sous les zones plus denses du négatif restent solubles dans l'eau où aura lieu le développement. En sensibilisant la feuille, il est possible d'inclure des pigments de nature et de couleur différentes, de donner une intensité chromatique plus forte ou plus faible, d'intervenir au cours de la phase de développement pour éclaircir encore plus les tons clairs. Il est possible avec ce procédé d'éviter radicalement la standardisation : chaque image, rigoureusement réalisée à la main, est une pièce unique, impossible à reproduire exactement. L'image s'enrichit progressivement en détails et en profondeur par adjonction progressive de couches de pigment qui se fixent sur le papier grâce à l'action de la gomme et de la matière sensible. À chaque nouvelle couche, l'image gagne en forme, en épaisseur, en tonalité, tandis que l'action de l'eau la libère de l'excédent de matière, révélant les tons clairs.
LA TECHNIQUE - Il faut se procurer le matériel suivant : gomme arabique, papier pour aquarelle, un pinceau large et plat, du dichromate de potassium, des gouaches, des aquarelles ou des couleurs en poudre, des négatifs de grand format (18x24 / 24x30...), une lampe à UV, une vitre plus grande que le négatif à imprimer, deux bacs, un cylindre gradué et des gants jetables. Le premier pas consiste à préparer le négatif final (au format souhaité pour l'impression). On peut le faire directement à partir d'une diapositive ou avec un passage intermédiaire (internégatif) si l'on part d'un négatif. On agrandit le positif initial en travaillant avec une lumière de sécurité rouge sur une pellicule orthochromatique. Une fois le négatif produit, on peut préparer l'émulsion pour sensibiliser le papier. Toutes les opérations décrites, sauf le séchage des feuilles sensibilisées en milieu assombri, peuvent être effectuées sous lumière ambiante. Préparer d'abord la gomme en faisant fondre 500 g de gomme arabique dans 500 cm3 d'eau. Préparer ensuite la solution pour sensibiliser le papier en faisant fondre 20 g de dichromate de potassium (voir Sécurité) dans 200 cm3 d'eau. Prendre 15 cm3 de gomme préparée pour la diluer encore dans 15 cm3 d'eau en mélangeant longuement ; dans ces 30 cm3 détremper 3 g de pigment (ou 2 cm dans un petit tube de gouache ou d'aquarelle), toujours en mélangeant longuement (ce mélange sans dichromate peut se conserver quelques jours). Ajouter 7 cm3 de la solution de dichromate de potassium préparée en mélangeant. Une fois le dichromate ajouté, la solution doit être utilisée immédiatement car au bout de quelques heures elle sera irrémédiablement détériorée. Étaler le mélange sensibilisant préparé avec un bon pinceau sur un bon papier pour aquarelle (grammage 250-300) en donnant des coups de pinceau dans toutes les directions jusqu'à ce que le format souhaité soit recouvert d'une légère couche. Suspendre la feuille avec une pince à linge sur un fil dans un milieu assombri et le laisser sécher pendant environ deux heures. Les feuilles seront ensuite exposées sous une lampe à UV avec le côté émulsionné, où l'on a posé le négatif, tourné vers le haut. La distance entre feuille et lampe est entre 40 et 50 cm et le temps d'exposition de 5 à 10 minutes. Distance et temps dépendent du type de lampe utilisé, il est donc conseillé de faire des essais avec les premières feuilles. Avant de commencer à exposer, il faut préparer 2 bacs avec environ 3 à 4 cm d'eau et enfiler les gants pour se protéger du dichromate ; immerger ensuite la feuille exposée pendant 2 minutes avec l'image tournée vers le haut, puis tourner la feuille image vers le bas et laisser-la 5 minutes immergée ; dans ce premier bac, la feuille laissera dans l'eau la plus grande partie du dichromate. Passer ensuite la feuille dans le second bac où on la laissera au moins 30 minutes image tournée vers le bas. C'est avec cette phase que commence le développement qui pourra même durer plus des 30 minutes citées (cela dépend de l'intensité du mélange, de l'exposition et de la température ambiante). Si l'image ne se développe pas spontanément, on intervient avec une extrême délicatesse avec des pinceaux et des jets d'eau. Une fois terminé le développement, pendre la feuille pour la faire sécher.
SÉCURITÉ Le dichromate de potassium est toxique et irritant pour la peau et pour les yeux. Il peut provoquer de graves allergies et ulcérations ; s'il pénètre dans l'organisme, il attaque le système immunitaire ; il est soupçonné d'être cancérigène. Ne pas respirer et ne pas avaler. Utiliser des gants, des lunettes et un masque lorsqu'on le manipule. Consulter un médecin en cas de contact avec la peau en présence de coupures ou d'excoriations.
Leoni Luciano
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